Asmani: "Un vrai désamour entre l'UMP et les Parisiens"
Propos recueillis par Bertrand GRECO pour le JDD.fr
Elle est la première à se lancer officiellement dans la course à la présidence de la fédération UMP de Paris (30 000 adhérents). Et elle l'annonce en exclusivité au JDD.fr. A 34 ans, Lynda Asmani, porte-parole de la coordination des Berbères de France, chargée de mission à Bercy et conseillère de Paris n'a pas peur d'affronter Rachida Dati ou Christine Lagarde, dont les noms circulent pour ce poste stratégique. Election en novembre.
Pourquoi êtes-vous candidate à la tête de la fédération UMP de Paris?
La place va se libérer, puisque le président sortant, Philippe Goujon, ne se représente pas. J'ai décidé de franchir le pas car je n'ai pas digéré la défaite historique de la droite aux dernières municipales à Paris. On n'a rien fait pour gagner, on a pris un bon bouillon. Je pense qu'on n'a pas compris l'évolution sociologique de Paris, on n'a pas su accompagner le changement. Aujourd'hui, il y a un vrai désamour entre l'UMP et les Parisiens. Et l'absence de travail d'introspection me déprime. Je n'observe aucune autocritique, ni aucune volonté de trouver des remèdes. Depuis 2001, on s'enlise dans la folie de la destruction et de la division. Je veux donc lancer un cri d'alarme.
"Les candidates ministres n'ont pas l'expérience du terrain"
Ne craignez-vous pas de ne pas "faire le poids" face aux autres candidats possibles, comme Rachida Dati et Christine Lagarde?
Aujourd'hui, les différents candidats évoqués disent qu'ils réfléchissent, s'interrogent, regardent ce qui se passe... Ce n'est pas ça la politique! Il faut y aller, ne pas tergiverser, ne pas avoir peur de prendre des coups. Je n'ai rien contre les candidates ministres. Mais elles n'ont pas l'expérience du terrain, ni la disponibilité nécessaire. Il faut beaucoup d'humilité pour être le premier des militants de Paris. Le président de la fédé doit être accessible, ne se consacrer qu'à ça. On doit pouvoir l'appeler sur son portable n'importe quand. C'est ça le job. Un sacerdoce. En attendant, je constate que personne ne peut se prévaloir du soutien du Président de la République. Il n'y aura pas de candidature officielle. Je pense que Sarko ne se mêlera pas de cette élection interne; il est au-dessus de ça.
Quelle est votre légitimité?
Je suis une jeune élue, j'incarne parfaitement la nouvelle génération qui émerge, tout en connaissant bien le fonctionnement de mon parti pour y évoluer depuis longtemps. Je viens de la base, j'ai gravi tous les échelons à la force du poignet. Ce ne doit pas être une élection de personnes, mais une élection de projets. Et moi, j'ai des choses à dire. Les militants veulent du renouvellement, des idées nouvelles, plus modernes. Il faut faire bouger les lignes, sans pour autant courir après la gauche. Si on laisse les appareils politiques toujours entre les mains des mêmes personnes issues du sérail, on ne risque pas de reprendre le pouvoir à Paris.
Vous définissez-vous comme une "bobo de droite"?
Si cela existe, oui. Je suis de droite sans complexe, mais avec une vraie liberté de conscience. J'ai envie de dire des choses qui ne font pas l'unanimité dans mon camp. Je sais que je suis en phase avec les Parisiens. Beaucoup de jeunes ont voté pour moi parce que je leur ressemble. Je veux lancer de grands débats, sur le droit de vote des étrangers, la fiscalité, la paupérisation de certains quartiers, le Grand Paris... Il faut inventer une nouvelle opposition à Bertrand Delanoë. D'ailleurs, j'observe que la boboïsation de l'est parisien est en train de gagner l'ouest.
A vos yeux, le futur président de la fédération sera-t-il le chef de la droite parisienne... en vue des prochaines municipales de 2014?
A l'évidence. Quand on se présente à ce poste, c'est qu'on a une âme de leader. Aujourd'hui, la droite parisienne est orpheline, il n'y a plus de chef. Nous avons un président de groupe d'équilibre et rassurant au Conseil de Paris, Jean-François Lamour. Pour la fédé, nous avons besoin de quelqu'un de pugnace et d'ambitieux. Attention, je ne dis pas que je serai forcément candidate en 2014; ce serait ridicule, il est beaucoup trop tôt. Mais je ne me fixe aucune limite.
Les commentaires récents