Ils sont ancien conseiller de l’Elysée, haut fonctionnaire, assistant parlementaire, élu de terrain, militant associatif. Tous sont issus de la diversité et militent dans les rangs de la majorité présidentielle. Tous estiment que l’UMP «n’est pas à la hauteur en matière de diversité».
Il y a un an, l’une d’entre eux avait adressé une lettre ouverte à Nicolas Sarkozy (publiée sur Mediapart), pour lui demander de «faire émerger une nouvelle génération d’élus de terrain qui ne sont ni du sérail, ni des héritiers, ni même des alibis». Le 26 novembre, deux jours avant le conseil national de l’UMP sur les régionales, une quinzaine d’entre eux ont lancé un appel au président de la République pour lui remémorer ses engagements en matière de renouvellement de la classe politique.
Car six ans après les dernières régionales, où les élus UMP dits «de la diversité» avaient été remisés en queue de liste, «rien n’a changé», estiment-ils. En 2007, le chef de l'Etat a frappé fort en 2007 avec l’entrée au gouvernement du trio Dati-Yade-Amara. Puis plus rien. «Combien de têtes de liste issues des minorités dans les 22 régions? Combien dans les 95 départements de France métropolitaine?», s'interrogent ces élus dans leur appel. Aujourd’hui, ils regardent d’un œil inquiet ce débat sur l’identité nationale qui «part en vrille», «ligue une France contre l’autre» et «occulte la question de la diversité». Mediapart a rencontré six d'entre eux.
«Si on n’a pas notre place aux régionales, on ne l’aura jamais», se désole Lynda Asmani, élue du Xe arrondissement de la capitale. Avec la réforme des collectivités territoriales, on va passer de 6.000 à 3.000 élus, les derniers élus seront les premiers sortants. En 2014, on sera le fusible qui saute, on va se retrouver sur le carreau.»
Pourtant, force est de constater que les régionales de mars se présentent mal à droite pour ces militants et élus. «Lors des primaires UMP pour l’investiture en Ile-de-France, les candidats se sont engagés à faire une liste avec de la diversité et du renouveau. Pour l’instant, la diversité est absente. Je ne connais pas une personne qui ait été contactée pour figurer sur une liste», explique Farid Souari, adjoint au maire UMP de Vigneux-sur-Seine (Essonne) et militant dans le RED (le réseau des élus de la diversité de la droite) et l’Aneld (l'association des élus locaux de la diversité, regroupant des élus de toutes tendances).
Et certains jalousent l’opposition qui «se réveille sur le sujet». Le parti socialiste a offert la tête de liste du Val-d'Oise à Ali Soumaré, ancien porte-parole des familles pendant les émeutes de Villiers-le-Bel et fils d'émigré malien de 29 ans. Le MoDem a quant à lui choisi Alain Dolium, un militant du Val-de-Marne d’origine antillaise, pour défendre ses couleurs en Ile-de-France. «Sur la liste PS de l’Essonne, mon département, cinq des dix premiers sont issus de la diversité», note Farid Souari, amer.
La pilule ne passe d’autant pas que le parti présidentiel organise actuellement un débat sur l’identité nationale dans lequel il prône l'égalité des chances et la promotion de la diversité. «Ceux-là mêmes qui nous parlent d’intégration et organisent un débat sur l’identité nationale, sacrifient des gens qui ont fait le pari de cette intégration républicaine et les poussent à organiser une conférence de presse pour la diversité!», souligne Lynda Asmani.
Même son de cloche chez Tayeb Touazi, adjoint Nouveau Centre au marie de Dreux (Eure-et-Loire): «On accumule les rapports, les études, on fait un débat sur l’identité nationale alors qu’une partie d’entre elle n’est pas représentée.»
«On ne pose pas les bonnes questions, estime pour sa part Kamel Hamza, assistant parlementaire du député Eric Raoult, conseiller municipal de La Courneuve (Seine-Saint-Denis) et fondateur de l’Aneld. Il ne s’agit pas que du drapeau, de La Marseillaise et de l’identité nationale, mais aussi de la promotion de la diversité dans les entreprises, dans les milieux politiques, les médias. En Seine-Saint-Denis, sur 40 maires, pas un n’est issu de la diversité!»
«Je ne suis pas la femme de ménage de l’UMP!»
Dans la bouche de ces élus, il n’est pas question de «discrimination», mais plutôt de «reconnaissance». «On ne réclame pas des places au nom de la diversité – on ne me doit rien parce que je suis noir –, mais de l’égalité de traitement», insiste Jean-Claude Beaujour, avocat d’affaires d’origine antillaise, qui avait notamment conduit la liste UMP dans le XXe arrondissement de Paris pour les municipales. Sa collègue du Xe arrondissement renchérit: «Je n’ai jamais demandé de place au nom de mes origines mais je ne veux pas être discriminée au nom de ces mêmes origines.»
A diversité, Lynda Asmani préfère d'ailleurs l'expression de «diversité légitime». Voire le terme de «pluralité». «Il faut aussi des gens d’origine sociale diverse. Or pour nous c’est parfois la double peine: une partie d’entre nous vient de classes sociales défavorisées, nos parents n’étaient pas des cadres sup, sinon ils seraient sans doute restés là-bas», explique-t-elle, évoquant son père qui «gagne 950 euros par mois».
«Vous ne pouvez pas demander aux gens de venir militer pendant des années et être éliminés à chaque fois qu’on propose des postes», explique Rachid Kaci, l’ex-«M. Banlieues» de Nicolas Sarkozy, récemment nommé sous-préfet de la région Champagne-Ardenne.
C’est bien là que le bât blesse. Tous estiment «être allés au combat» pour «(leur) famille politique». Sans récompense. Jean-Claude Beaujour raconte: «En 2007, Nicolas Sarkozy a demandé d’aller en terre de mission. Lynda Asmani et moi avons été envoyés à l’abattoir. On s’est battus, on a imposé aux candidats de gauche un second tour dans des arrondissements où l'UMP n'est pas la bienvenue. Après les élections, on a continué le travail de terrain. Il serait légitime d’être conforté avec des places éligibles.»
«Je ne suis pas la femme de ménage de l’UMP!», s’énerve Lynda Asmani, qui fait campagne sous les couleurs de l’UMP depuis 10 ans. Est-ce qu’on nous a fait confiance (lors de ces campagnes) ou est-ce qu’on est instrumentalisés ? Est-ce qu’on fait partie de cette famille ?», interroge-t-elle.
Pour Rachid Kaci, «le problème, c’est que les partis ont une vision colonialiste de la question. Ils vont chercher des militants arabes ou noirs en disant “ça y est, on a nos quotas”. Il n’y a pas de reconnaissance du militantisme!».
En découle, selon lui, un second problème. «A force de pousser les gens à s’identifier, on ne développe plus le sens des convictions. Rama Yade, Rachida Dati: qui est capable de dire ce qu’elles pensent? Pour faire de la politique, il faut arriver avec une couleur de peau et pas de convictions. La population issue de la diversité ne fait pas assez de politique car elle est cantonnée à un rôle de figuration. Il faut se battre dans les médias pour être interrogé sur autre chose que l’islam ou la diversité. C’est ça qui est le plus condamnable.»
Un cadre UMP d’origine maghrébine rapporte cette anecdote: «J’ai rencontré Xavier Bertrand à son arrivée à la direction pour lui dire que je voulais des responsabilités dans le parti, que je pensais avoir l’expérience et les compétences. Il m’a répondu: tu comprends, c’est compliqué, j’ai déjà deux femmes (une Arabe, une Noire). Si je m’étais appelé Jean-Michel, il n’y aurait pas eu de problème.»
Chez chacun d’entre eux, la même impression, celle d’être «interchangeable». «On est considéré en troupeau, on n'est jamais détaché de nos origines. Un mec de la diversité en vaut un autre», regrette Rachid Kaci.
«J'ai été reçu à la Maison Blanche mais pas à l'UMP»
En filigrane, c’est la méritocratie qui est remise en question. «On est obligé de s’adresser en haut, par exemple à des ministres comme Eric Besson (Ndlr : président d’honneur du RED), alors que notre légitimité devrait émerger du terrain. Où est la méritocratie que vante l’UMP?», se désole Farid Souari.
«On a besoin que l’UMP reconnaisse notre travail, notre talent, et ne fasse pas que dans le symbole en nommant des ministres, explique Kamel Hamza. On veut montrer que si la diversité avance, ça avancera dans les quartiers, que pour être crédible sur le terrain, on a besoin de mandats.»
Si leur travail ne se traduit pas en places éligibles sur des listes, c’est bien parce qu’ils «passent après les amis, les gens qui ont des réseaux», dénonce Kamel Hamza. «Quand l’UMP veut faire émerger quelqu’un, elle sait faire. On le place assistant parlementaire, ou dans le cabinet d’un ministre, ou on lui donne une circonscription. Pourquoi le parcours n’est pas le même pour nous?», interroge Lynda Asmani. «Des gens comme Valérie Pécresse ou Nathalie Kosciusko-Morizet ont été accompagnés», estime Jean-Claude Beaujour.
Mais pourquoi la promotion de la diversité bloque-t-elle à l'échelon local, tandis qu'elle a débuté au sommet de l'Etat? Pour Lynda Asmani, «(Les dirigeants de l’UMP) cherchent en permanence des jeunes talents, ils ne veulent pas qu’on s’ancre dans un territoire dans la durée. Ils ont peur qu’on devienne un contre-pouvoir. Ils veulent mettre des gens qui leur doivent tout.» «Ils ne veulent pas des grandes gueules comme celles qui ont lancé cet appel», observe Rachid Kaci, qui, fraîchement nommé sous-préfet, n'a pas signé cet appel, tout en le soutenant.
«Le parti est cadenassé» par de vieux élus qui «veulent mettre des gens qu’ils connaissent, qu’ils maîtrisent et qui leur ressemblent», estime Farid Souari. Pour Jean-Claude Beaujour, «le peuple de France est prêt» à voir émerger des élus issus de la diversité. Il demande des gens sincères qui bossent pour lui, il voulait élire Obama. Ceux qui ne sont pas prêts, ce sont les barons des partis car ça leur fait de la concurrence et car ce sont des gens de la vieille école, accrochés à leur poste, et qui ont des mentalités différentes, qui nous voient comme des étrangers».
Et l’ancien candidat UMP de rapporter cette anecdote révélatrice. «J’ai soutenu la campagne d’Obama, j’étais invité à son investiture en janvier, j’ai été reçu à la Maison Blanche par son conseiller spécial en septembre. Etre reconnu à l’extérieur et ignoré dans son pays, c’est dur.»
«La diversité est une richesse, mais elle est encore trop perçue comme une menace», regrette Kamel Hamza.
Pour autant, l’appel de ces élus semble avoir été entendu par les instances de l'UMP. Parce qu’il a été médiatisé. Et parce qu'il fait tache à trois mois d'élections régionales cruciales pour la droite. Dominique Paillé, le porte-parole du parti, devrait recevoir une partie de ces élus le 15 décembre, et Xavier Bertrand dans les jours à venir. «Il y a un vrai ras-le-bol aujourd’hui, plusieurs personnes se sont posé la question d’arrêter. Si rien ne change après ces rendez-vous, on prendra nos responsabilités», assure Kamel Hamza, tout en reconnaissant que «partir serait un échec» après «sept années passées à militer à l’UMP».
«Ceux qui, comme Kamel Hamza dépendent financièrement de l’UMP (Ndlr: il est assistant parlementaire) ne peuvent pas partir. Les partis politiques ont attiré des gens qui sont socialement en difficulté. Les autres sont partis depuis longtemps», estime Jean-Claude Beaujour. Nicolas Sarkozy doit avoir le courage d’aller plus loin, Obama n’est pas tombé du ciel!» «Beaucoup sont très remontés, concède le conseiller d’un membre de l’exécutif. Il pourrait y avoir une vague de départs après les élections.»






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