A dix jours de son conseil national, qui révélera, le 30 janvier, les listes complètes pour les régionales, l'UMP se félicite de son «élan en faveur de la diversité». Mardi 19 janvier, Dominique Paillé, porte-parole du mouvement et secrétaire national de l'UMP à la diversité, a assuré qu'«à résultats électoraux comparables à ceux de 2004 le nombre des représentants élus de la diversité serait multiplié par 8».
«Le président de la République avait été le premier dans notre pays à pratiquer l'ouverture gouvernementale à la diversité, explique-t-il dans un communiqué. L'UMP poursuit (...) sa politique d'ouverture à la diversité des talents pour ses listes aux élections régionales qui seront plus que jamais un reflet fidèle de la population de notre pays.» Mieux: les listes UMP d'Ile-de-France, «avec au moins un représentant de la diversité dans les 10 premières places de chaque département», seront «véritablement exemplaires», promet-il.
Sauf qu'à moins d'une semaine de la réunion de la commission nationale d'investiture de l'UMP, seuls trois des huit départements franciliens respecteraient cet engagement, selon nos informations: les Hauts-de-Seine (où Rama Yade est n°2), la Seine-et-Marne (où Jean-François Copé, député et maire de Meaux, a placé son adjointe, Hamida Rezeg, en deuxième position), et les Yvelines (où l'élue sortante Rachida El Harouat devrait être remerciée au profit d'une nouvelle candidate issue de la diversité).
«Les seules listes valables sont celles qui seront votées par la commission nationale d’investiture. Elles ne seront révélées que la veille du conseil national de l’UMP du 30 janvier», réplique Dominique Paillé, citant tout de même la candidature de Rama Yade et celle de l'adjointe de Jean-François Copé.
«Certains font de la désinformation et beaucoup de bruit pour s’imposer à une place, ils défendent leur intérêt personnel», estime le secrétaire national de l'UMP à la diversité, contacté mardi par Mediapart.
«Certains»? Fin novembre, une quinzaine d’élus franciliens UMP avaient lancé un appel au président de la République pour lui remémorer ses engagements en matière de renouvellement de la classe politique (lire notre enquête). Deux mois après, ces élus estiment que non seulement «rien n'a changé», mais que «la situation s'est aggravée».
«C'est encore et toujours l'arbre qui cache la forêt!, s'énerve Lynda Asmani, conseillère de Paris dans le Xe arrondissement et à l'origine de cet appel. «(La direction de l'UMP) en met deux ou trois pour les montrer, si possible des gens qui leur doivent tout. Le jour où ils sont moins dociles, on les change. Nous sommes considérés comme interchangeables», déplore-t-elle, dénonçant «un effet d'annonce. Les “dix premières places”, ça ne veut pas dire une position éligible! En Seine-Saint-Denis, on a généralement quatre élus, dans l'Essonne et le Val-d'Oise six». «Seulement si on se place dans l'hypothèse d'une défaite!», réplique Dominique Paillé.
Dernier espoir, pour ces élus: «l'arbitrage de Nicolas Sarkozy». Le chef de l'Etat a en effet demandé à passer lui-même au peigne fin toutes les listes d'Ile-de-France, vendredi, à l'Elysée, avant la réunion, lundi, de la commission nationale d'investiture de l'UMP. «Il ne peut pas cautionner ces listes!», affirme Lynda Asmani, qui lui a envoyé une lettre lui demandant que soit reconnue la «méritocratie» plutôt que de «recaser certains collaborateurs des ministres candidats». En attendant, Mediapart a plongé son nez dans trois départements.
PARIS
Dans la capitale, aucun élu issu de la diversité ne figurerait sur la première version de la liste départementale. L'UMP penserait à Mustapha Saadi, issu des rangs du Nouveau Centre et proche de Jean-François Copé. Le nom du guadeloupéen Patrick Karam, délégué interministériel à l'outre-mer, a également été évoqué.
Pour le reste, la liste va pour grande part aux «élus de l'ouest parisien, qui sont déjà en place et ont le même profil», affirme Jean-Claude Beaujour, avocat d'affaires d'origine antillaise, qui avait notamment conduit la liste UMP dans le XXe arrondissement de Paris pour les municipales.
«Il n'y a que des blondes aux yeux bleus et des cathos !», renchérit sa collègue du Xe, qui pointe du doigt la présence massive de «pistonnés»: «La directrice de cabinet de Nathalie Kosciusko-Morizet, les deux protégées du Claude Goasguen (député et maire du XVIe) et Philippe Goujon (président de la fédération UMP, député et maire du XVe), etc.»
La liste provisoire à Paris (les 16 premiers candidats):
Chantal Jouanno (secrétaire d'Etat à l'écologie)
Jean-Robert Pitte (président de l'université de Paris IV, proche de Valérie Pécresse)
Brigitte Kuster (maire du XVIIe)
Pierre-Yves Bournazel (conseiller de Paris du XVIIIe arrondissement, ancien membre du cabinet de Rachida Dati)
Edith Cuniache-Gallois (Nouveau Centre)
Jean-Pierre Lecoq (maire du VIe)
Marie-Claire Daveu (directrice de cabinet de Nathalie Kosciusko-Morizet)
Christian Saint-Etienne (Nouveau Centre, économiste)
Véronique Bensaïd (membre des Progressistes d'Eric Besson)
Benjamin Lancar (président des Jeunes UMP)
Géraldine Poirault-Gauvin (adjointe de Philippe Goujon)
Grégoire Chertok (Parti radical)
Céline Boulay-Esperonnier (adjointe de Claude Goasguen)
Jean-François Legaret (maire du Ier)
Marie-Claire Carreregée (femme de Fréderic Thiriez, président de la Ligue de football professionnel, et élue du XIVe)
Daniel-Georges Courtois (proche de François Fillon et élu du XVe)
Le 12 janvier, lors de la commission régionale d'investiture, Philippe Goujon, le président de la fédération UMP de Paris, a acté – et justifié – cette omniprésence d'élus de l'ouest parisien. «Notre électorat est à l'ouest, donc pour le mobiliser il faut mettre des élus de l'ouest. Ceux de l'est ne sont pas mobilisateurs», aurait-il affirmé, selon un témoin.
«L'est parisien représente 1,3 million de personnes. Aujourd'hui, dans les quinze premières places des listes parisiennes, il n'y a qu'un seul élu de l'est!», répond Lynda Asmani. «On nous a dit qu'il fallait se battre dans les arrondissements difficiles. Et il n'y a pas de retour d'investissements, ni d'accompagnement du parcours politique. On en redonne à ceux qui en ont déjà et on laisse les autres sur la touche. Ils se sont partagé le gâteau. Il aurait été logique de prendre l'un d'entre nous étant donné nos combats passés», insiste Jean-Claude Beaujour. Quand on veut placer untel ou untel, on peut. On leur dégage le terrain, on leur met le pied à l'étrier.»
«Je suis venu à l'UMP pour la méritocratie, j'ai trouvé la mythocratie»
SEINE-SAINT-DENIS
Dans le «93», Kamel Hamza, assistant parlementaire du député Eric Raoult, conseiller municipal de La Courneuve et fondateur de l'Aneld (l'association des élus locaux de la diversité, regroupant des élus de toutes tendances), laboure le terrain depuis plusieurs années. Candidat naturel, il n'est pourtant pas assuré d'obtenir une place en position éligible.
«Au niveau national, il y a une volonté. Mais localement, ça coince. On met un copain, un soutien, la “femme de”, explique-t-il à Mediapart. La réforme des collectivités territoriales fait qu'un conseiller général ou un maire veut asseoir son ancrage local avec un second mandat. Ils ont la priorité, il n'y a pas de place pour les nouveaux talents. Eux ne siègent pas, tandis que nous, on est motivés, on a faim!»
«En Ile-de-France, il faudrait un élu de la diversité en position éligible dans chaque département, estime-t-il, rappelant le slogan de l'UMP: “La France change, changeons nos régions.” Comment pourrions-nous le faire sans les nouveaux Français?»
«Notre ambition n'est pas d'être sur les listes parce qu'on s'appelle Kamel ou Rachid. Il s'agit simplement d'avoir de la légitimité dans les quartiers, pouvoir dire: “Je suis conseiller régional.” On ne peut pas laisser ces quartiers à la gauche!», plaide-t-il.
ESSONNE
Dans le 91, où la secrétaire d'Etat à l'économie numérique, Nathalie Kosciusko-Morizet (NKM), est chef de file, il faut pour l'instant attendre la seizième place pour trouver une élue issue de l'immigration. «Je suis venu à l'UMP pour la méritocratie, j'ai découvert la mythocratie», se désole Sari Fouad, adjoint au maire UMP de Vigneux-sur-Seine (Essonne), contacté par Mediapart. Eric Besson nous avait promis un élu par département. Aujourd'hui on voit que les cadres UMP ne sont pas encore prêts à s'ouvrir à des gens différents et issus des quartiers populaires.»
Encarté à l'UMP depuis 2006, cet instituteur, militant dans le RED (le réseau des élus de la diversité de la droite) et l'Aneld, en était persuadé : cette fois-ci, «c'était (son) tour». «Hier, George Tron (député et président de la fédération UMP du 91) m'a gentiment fait comprendre par téléphone que ce serait “pour la prochaine fois”. Il n'y aura pas de prochaine fois, assure-t-il. Si ça ne change pas, je ne me vois pas éternellement tracter sans résultat. Je pense très fortement à prendre mes distances. Ces régionales sont pour moi une remise en cause profonde.»
En décembre 2009, il confiait regarder avec envie la liste PS de l'Essonne, où «cinq des dix premiers sont issus de la diversité». Cette semaine, après son passage dans un reportage de l'émission «Dimanche plus», sur Canal Plus, «un grand parti de gauche» – qui n'est pas le PS – lui a proposé «une place».






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